Les meilleures applications pour malvoyants et aveugles — et leurs limites

Les meilleures applications pour malvoyant 2023.

Le smartphone peut devenir un véritable outil d’autonomie pour une personne malvoyante ou aveugle — à condition de choisir les bonnes applications, et d’être honnête sur leurs limites. Transparence d’entrée, comme toujours sur ce blog : nous développons Olga, un téléphone pour malvoyant qui remplace justement la plupart de ces applications. Nous vous dirons donc à la fois quelles applis valent vraiment le coup si vous restez sur un smartphone classique, et pour qui l’empilement d’applications ne fonctionne pas.

Avant les applications : les lecteurs d’écran intégrés

La première « application » pour malvoyant est déjà dans votre téléphone, gratuite : VoiceOver sur iPhone et TalkBack sur Android lisent tout l’écran à voix haute et rendent le smartphone utilisable sans la vue. Complétez avec les réglages d’accessibilité : agrandissement du texte, contraste élevé, loupe. C’est puissant — et c’est là qu’il faut être honnête : leur apprentissage (gestes à plusieurs doigts, navigation à l’oreille dans les menus) demande des semaines à des mois d’efforts. Les personnes jeunes ou à l’aise avec la technologie y arrivent très bien ; pour une personne âgée qui découvre la malvoyance avec une DMLA, cette marche est souvent infranchissable. Nous détaillons ce point dans notre comparatif des téléphones pour malvoyants.

Lire des documents : les applications de lecture (OCR)

Seeing AI (Microsoft, gratuite, iPhone et Android) est la référence : elle lit à voix haute courriers, documents, étiquettes de produits, et décrit même les scènes et les personnes. Lookout (Google, gratuite, Android) rend des services comparables. Envision AI va plus loin sur certains usages mais devient payante. Ces applications sont remarquables… quand on parvient à les lancer puis à cadrer le document avec l’appareil photo sans le voir — l’exercice le plus frustrant pour beaucoup d’utilisateurs. C’est pour simplifier tout ce parcours que la machine à lire d’Olga se déclenche à la voix ou d’une simple pression, et qu’un support de lecture A4 existe en accessoire pour poser le téléphone et le document toujours à la bonne distance, sans avoir à cadrer.

Se faire aider : l’assistance humaine et l’IA

Be My Eyes (gratuite) met en relation la personne aveugle avec des bénévoles voyants en visio pour lire une date de péremption, retrouver un objet, vérifier une tenue — et son mode d’intelligence artificielle décrit désormais les photos sans attendre un bénévole. C’est l’une des plus belles réussites du genre, que nous recommandons sans réserve à ceux qui manient un smartphone.

Se déplacer : navigation et repérage — notre gros bémol

Les GPS piétons vocalisés comme BlindSquare (payante) ou les applications de transport avec vocalisation aident aux déplacements, et NaviLens, adoptée par plusieurs réseaux de transport français, lit à distance des balises colorées installées dans les stations.

Mais après dix ans au contact de nos utilisateurs, c’est la catégorie sur laquelle nous émettons la plus grande réserve — pour des raisons de sécurité concrètes. D’abord, un GPS donne des consignes par rapport à une trajectoire supposée droite : or une personne malvoyante dévie naturellement en marchant, et le « tournez à gauche » d’il y a deux secondes ne correspond déjà plus à sa gauche réelle. Ensuite, écouter des consignes de navigation mobilise l’attention auditive — précisément celle qui sert à détecter les obstacles, les vélos, les voitures quand on ne voit pas. Enfin, l’équation des mains : un sac d’un côté, le téléphone de l’autre — il ne reste plus de main pour la canne ou pour se protéger en cas d’obstacle ou de chute. Notre position honnête : ces applications peuvent aider en complément sur des trajets connus, mais rien ne remplace un apprentissage de la mobilité avec un instructeur en locomotion, une canne ou un chien guide — et le téléphone dans la poche.

Lire et se divertir : livres audio et médias

L’application ÉOLE de l’association Valentin Haüy donne accès gratuitement à plus de 50 000 livres audio pour les personnes empêchées de lire (l’inscription est soumise à justificatif). Les applications de radio et de podcasts complètent l’offre. Nous avons consacré un guide complet aux livres audio pour malvoyants et aveugles.

La limite dont personne ne parle : l’empilement

Chaque application citée est bonne. Le problème, c’est leur somme : une appli pour lire, une pour être aidé, une pour naviguer, une pour écouter — chacune avec son interface, ses mises à jour qui déplacent les boutons, ses notifications, le tout piloté à travers un lecteur d’écran qu’il faut déjà maîtriser. Pour un utilisateur autonome et entraîné, cet écosystème est une richesse. Pour une personne qui a perdu la vue tardivement, c’est une accumulation d’obstacles, et l’expérience se termine trop souvent par un téléphone abandonné dans un tiroir.

C’est le constat qui a guidé la conception d’Olga depuis 2016 : plutôt qu’empiler des applications, tout centraliser dans un seul appareil où chaque fonction — appels, SMS, lecture de courrier, livres audio, radio, agenda — a été repensée pour se commander à la voix, sans rien apprendre. Moins riche qu’un smartphone plein d’applis, assumé ; mais utilisable seul, dès le premier jour, par quelqu’un qui n’a jamais eu de portable. Selon votre profil ou celui de votre proche, la bonne réponse est l’un ou l’autre — notre comparatif vous aide à trancher honnêtement.

Questions fréquentes

Quelle est la meilleure application gratuite pour malvoyant ?

Pour la lecture de documents et la description de scènes : Seeing AI (iPhone et Android). Pour l’aide ponctuelle à distance : Be My Eyes. Les deux sont gratuites et complémentaires.

Existe-t-il une application qui transforme un téléphone en téléphone pour aveugle ?

VoiceOver (iPhone) et TalkBack (Android) sont intégrés et gratuits : ils vocalisent tout le téléphone. Mais ils ne simplifient pas le téléphone — ils le rendent audible, ce qui n’est pas la même chose : toute la complexité des menus reste à naviguer à l’oreille. Pour une personne qui veut de la simplicité avant tout, un appareil dédié tout-en-un est souvent plus réaliste qu’un empilement d’applications.

Ces applications fonctionnent-elles pour une personne âgée ?

Tout dépend de sa capacité et de son envie d’apprendre. Une personne qui utilisait déjà bien son smartphone avant sa perte de vue a toutes ses chances. Une personne qui découvre à la fois la malvoyance et le numérique échoue le plus souvent — non par manque d’intelligence, mais parce que l’effort d’apprentissage se compte en mois. Un avis d’ergothérapeute ou d’orthoptiste aide à évaluer ce point avant d’investir.