L’orthoptiste est le spécialiste de la rééducation de la vue — le « kiné des yeux ». Un métier peu connu, exercé à plus de 90 % par des femmes, et pourtant essentiel : dépistage des troubles visuels, rééducation — et, trop souvent ignoré, l’accompagnement des personnes malvoyantes (DMLA, glaucome) pour mieux vivre avec leur vision restante. Voici son rôle exact, les tarifs et le remboursement, et ce qu’il peut faire concrètement pour la basse vision.
Qu’est-ce qu’un orthoptiste ?
C’est un auxiliaire médical dont la mission est de dépister, rééduquer et réadapter la vue. Il réalise des examens d’analyse de la fonction visuelle, participe au dépistage des troubles, et met en place des programmes de rééducation. Son interlocuteur principal est l’ophtalmologiste, avec qui il travaille en binôme.
Son champ d’action s’est beaucoup élargi ces dernières années : depuis la réforme de 2022, l’orthoptiste peut réaliser des bilans visuels simples et même prescrire ou renouveler des lunettes pour les adultes de 16 à 42 ans sans pathologie particulière — une réponse aux délais d’attente chez les ophtalmologistes. Il reste toutefois exclu de son rôle de diagnostiquer les maladies des yeux : au moindre doute, direction l’ophtalmologiste.
Ophtalmologiste, orthoptiste, opticien : quelle différence ?
On les confond souvent, alors clarifions d’entrée. L’ophtalmologiste est le seul véritable médecin des yeux : il diagnostique les maladies (DMLA, glaucome, cataracte…), prescrit lunettes et traitements, et opère. L’orthoptiste est le rééducateur : un professionnel de santé qui travaille généralement sur ordonnance, en lien avec l’ophtalmologiste, pour rééduquer et réadapter la vision. L’opticien, enfin, fabrique et ajuste les lunettes prescrites. En cas de problème de vue, le point d’entrée reste donc l’ophtalmologiste, qui vous orientera vers l’orthoptiste si une rééducation peut vous aider.
Combien coûte un orthoptiste et quel remboursement ?
Voici les tarifs indicatifs d’un orthoptiste conventionné (secteur 1) :
| Acte | Tarif conventionné | Remboursement Assurance Maladie |
|---|---|---|
| Bilan orthoptique | ≈ 25 € | 60 % |
| Séance de rééducation classique | ≈ 13 € | 60 % |
| Séance de rééducation basse vision | ≈ 40 € | 60 % |
Tarifs à vérifier sur ameli.fr, qui les met à jour régulièrement.
Le reste (le « ticket modérateur ») est généralement pris en charge par votre mutuelle. Si vous bénéficiez de la Complémentaire santé solidaire (C2S), ces actes sont remboursés à 100 %, sans avance de frais dans la plupart des cabinets. Un orthoptiste non conventionné (secteur 3, assez rare) pratique des tarifs libres et un remboursement moindre : demandez toujours avant la première séance. Dans tous les cas, l’orthoptiste doit obligatoirement vous informer avant de réaliser un acte non remboursé.
Orthoptiste et basse vision : DMLA, glaucome, la rééducation qui change le quotidien
C’est le volet le moins connu du métier — et pourtant le plus précieux pour les personnes atteintes de DMLA, de glaucome ou d’une autre forme de malvoyance : l’orthoptiste apprend à exploiter au mieux la vision restante — utiliser sa vision périphérique, optimiser l’éclairage, adapter ses gestes du quotidien (lecture, déplacements, repères). Cette rééducation ne guérit pas la maladie, mais elle améliore réellement l’autonomie, et elle est trop rarement proposée spontanément : n’hésitez pas à en parler vous-même à votre ophtalmologiste.
Cette prise en charge se complète bien d’aides techniques adaptées (téléphone, machine à lire…) et du soutien d’une structure près de chez vous : consultez la Carte de la Basse Vision, qui recense plus de 700 associations, centres de rééducation et bibliothèques sonores en France, ou notre annuaire des associations.
Sa mission : quels troubles peut-il rééduquer ?
Au-delà de la basse vision, l’orthoptiste agit sur les troubles visuels qui peuvent être améliorés par une rééducation, sans lunettes ni chirurgie : le strabisme, la fatigue visuelle (notamment liée aux écrans), l’amblyopie (« œil paresseux »), les troubles de la convergence et l’hétérophorie. On le surnomme le « kiné des yeux » : sa rééducation est une véritable gymnastique oculaire, faite d’exercices qui renforcent la musculature et la coordination des yeux.

Comment se déroule une prise en charge ?
Première phase : le bilan orthoptique. L’orthoptiste vous fait passer une série d’examens pour identifier l’origine du trouble (motricité des yeux, convergence, champ visuel…) et construire un programme adapté.
Seconde phase : la rééducation. Des séances régulières d’exercices oculaires, dont la durée et la fréquence dépendent du trouble. Comme en kinésithérapie, la régularité fait le résultat — y compris les exercices à refaire chez soi entre les séances.
Quand consulter un orthoptiste ?
Dans la plupart des cas, c’est l’ophtalmologiste (ou le médecin traitant) qui prescrit le bilan orthoptique. Les signes qui doivent y faire penser diffèrent selon l’âge.
Chez l’adulte
Maux de tête répétitifs, fatigue visuelle en fin de journée ou devant les écrans, difficultés de mise au point, vision double intermittente, sécheresse oculaire, troubles de la concentration en lecture.
Chez l’enfant
Difficultés à lire et écrire, œil qui dévie (même occasionnellement), manque de réaction aux objets qu’on lui présente, fatigue anormale, clignements fréquents. Un dépistage précoce change tout : plus le strabisme ou l’amblyopie sont pris tôt, meilleure est la récupération.
Où et comment trouver un orthoptiste ?
La majorité des orthoptistes exercent en libéral, en cabinet ; d’autres sont salariés d’hôpitaux, de cliniques ou de centres de rééducation, et certains se déplacent à domicile ou dans les écoles. La France compte aujourd’hui plus de 5 000 orthoptistes, avec une répartition inégale — concentrée dans les grandes villes. Pour trouver un orthoptiste près de chez vous : demandez à votre ophtalmologiste ou votre médecin traitant, ou consultez l’annuaire santé d’ameli.
Devenir orthoptiste
Le certificat de capacité d’orthoptiste se prépare en trois ans à l’université, dans une quinzaine de facultés de médecine, avec une admission via Parcoursup. Les places restent limitées et la sélection réelle. C’est une profession en croissance, portée par le vieillissement de la population et les délais d’accès aux ophtalmologistes.
Un peu d’histoire
La première école d’orthoptie a été créée en Angleterre en 1929 par Mary Maddox, pour répondre aux besoins de rééducation des personnes strabiques. La pratique s’est développée en France à partir de 1938. Aujourd’hui encore, la profession est exercée à plus de 90 % par des femmes.
Questions fréquentes
L’orthoptiste est-il un médecin ?
Non. C’est un auxiliaire médical, comme le kinésithérapeute. Le médecin des yeux, c’est l’ophtalmologiste : lui seul diagnostique les maladies oculaires et prescrit des traitements.
Peut-on consulter un orthoptiste sans ordonnance ?
Pour une rééducation, une prescription médicale est nécessaire (et conditionne le remboursement). Depuis 2022, certains bilans visuels simples et prescriptions de lunettes (16-42 ans, sans pathologie) sont possibles en accès direct.
Combien coûte une séance d’orthoptie et quel remboursement ?
Environ 13 € la séance de rééducation classique et 40 € la séance basse vision chez un praticien conventionné, remboursées à 60 % par l’Assurance Maladie, complément par la mutuelle (ou 100 % avec la Complémentaire santé solidaire). Tarifs à jour sur ameli.fr.
L’orthoptie est-elle utile en cas de DMLA ou de glaucome ?
Oui : la rééducation basse vision n’améliore pas la maladie elle-même, mais elle apprend à utiliser au mieux la vision restante, ce qui change concrètement le quotidien — lecture, déplacements, repères. Parlez-en à votre ophtalmologiste, elle est trop rarement proposée spontanément.
Comment trouver un orthoptiste formé à la basse vision ?
Demandez directement à votre ophtalmologiste ou au centre où vous êtes suivi(e) pour votre DMLA ou votre glaucome : la plupart orientent vers un orthoptiste ou un centre de basse vision partenaire. Les associations de votre département, référencées sur la Carte de la Basse Vision, peuvent aussi vous orienter vers une structure de rééducation proche de chez vous.